Weeky n° 6

Une vie de Jake

546 mots (0 vote)

Chaque matin Jake faisait griller ses tartines de pain. Il ajoutait ensuite du beurre salé au sel de Guérande qu’il laissait fondre doucement sur le pain chaud puis il recouvrait le tout d’une fine couche de confiture à la fraise.

Lorsqu’il avait mangé ses cinq tartines, il buvait un grand verre de jus d’orange frais puis il débarrassait la table en mettant la vaisselle sale dans l’évier et en enlevant les miettes.

Après le petit déjeuner, il prenait une douche et se lavait les dents. Il choisissait ensuite son costume, bien que le terme choisir n’était pas vraiment adapté, car il n’avait que des costumes noirs et blancs tous identiques.

À 7 h 40, heure de la pendule de la cuisine qui avançait de trois minutes, il était prêt à sortir. Il vérifiait son attaché-case et fermait la porte de son appartement à double tour. Il descendait les cinq étages sans ascenseur, saluait le concierge, poussait la grande porte puis il se dirigeait vers la station de métro la plus proche.

Comme toujours, vingt mètres avant de s’engouffrer dans le souterrain, il sortait de sa poche intérieure de sa veste sa carte orange. En arrivant aux portiques, machinalement, il posait sa carte et débloquait le portillon.

Il prenait ensuite la ligne numéro 13, bondée, puante, bruyante. Il y avait 17 arrêts. Il était capable de les énumérer un par un, de mémoire.
Il enchainait ensuite avec la ligne numéro 1, jusqu’au terminus. Il lui restait 8 minutes de marche jusqu’à son bureau, puis une minute d’ascenseur.

À 8 h 43 il s’installait dans son fauteuil devant son bureau, allumait son ordinateur et ouvrait son cahier de notes. Le temps que l’ordinateur démarre, il saluait ses trois collègues et allait chercher un café à la machine à café.

Il retournait ensuite à son poste de travail où il commençait une journée de travail de comptable.

À onze heures moins le quart, il s’arrêtait pour reprendre un café et se rendre aux toilettes. Il replongeait ensuite dans ses tableaux de chiffres jusqu’à 12 h 45.

Le midi, il mangeait à la cantine de l’entreprise. Rarement il sortait le temps du déjeuner pour prendre l’air, les jours d’été en général.
Il reprenait le travail à 14 h jusqu’à 18 h. C’était dur. L’après-midi semblait longue, surtout après la pause 16 h 30. Les minutes se faisaient désirer, la trotteuse de la montre trainassait.

À 17 h 58, il fermait toutes les applications et cliquait sur éteindre l’ordinateur. À 18 h pile il enfilait sa veste et une minute plus tard, il appelait l’ascenseur.

Il faisait ensuite le trajet inverse du matin. Marche, ligne 1, ligne 13, marche, cinq étages sans ascenseur puis il introduisait sa clé dans la serrure et entrait enfin chez lui. Il était 19 h passé.

Il se reposait un peu dans son canapé devant la télé puis quand le journal commençait, il se préparait un repas, simple comme un œuf sur le plat ou une boite de macédoine.

Quand il avait tout avalé, il faisait la vaisselle, celle du matin et celle du soir.

Avant d’aller se coucher, il sortait du congélateur cinq tartines qu’il plaçait dans le grille-pain, prêtes pour le lendemain matin.

C’était la vie de Jake. Hier comme aujourd’hui. Aujourd’hui comme demain.