Weeky n° 2

Retour de devoir suprise

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Madame Hasdours leva le paquet de copie.

— J’ai corrigé vos devoirs ! Pas fameux. J’ai l’impression de parler dans le vide quand je fais un cours. Vous ne faites aucun effort pour retenir ce que je dis. Donc, attendez-vous à d’autres contrôles surprise dans les semaines à venir.

Et voilà. C’était toujours la même rengaine avec madame Hasdours. On finissait par le savoir qu’on était mauvais.

— Allez ! On fait la correction, tâchez de prendre des notes pour ne pas refaire les mêmes erreurs la prochaine fois.

Elle faisait toujours cela, madame Hasdours, elle donnait toujours la correction avant de nous rendre notre copie. Ça l’amusait, je suis sûr, de jouer avec nos nerfs. Nous, tout ce qu’on voulait c’était connaitre nos notes, savoir si on allait passer un sale quart d’heure ce soir avant le souper. Elle le savait bien et faisait durer la correction aussi longtemps que possible pour retarder le moment de la distribution.

Moi, je ne me posais pas trop de questions. La mauvaise nouvelle était déjà tombée. Au moment précis où madame Hasdours avait levé le paquet de copie, je savais que ma soirée était foutue. Il y avait pourtant Les Avengers à la télé, j’aurais bien aimé les voir. Tant pis.

Je n’écoutai pas la correction, à quoi bon. Je savais que ce n’était pas bien, que, pour réussir le prochain contrôle surprise, je devais écouter attentivement madame Hasdours, suivre ses conseils. Mais je m’en moquais. La peine à essayer de comprendre le charabia de ma professeure de sciences et vie de la terre était plus grande que celle de recevoir une rouste par mes parents ce soir. Je n’y pouvais rien : je n’en avais rien à foutre de l’étude des cailloux. Même le baratin bien fichu de mon père pour me faire croire que c’était utile pour mon avenir n’arrivait pas à me convaincre. Je revois leurs deux regards accusateurs quand je l’avais accompagné à la réunion parent-prof. Mon père approuvait chacune des remarques que me faisait madame Hasdours et s’ajoutait à chacune des questions de ma professeure par :

— Bah oui, pourquoi ? Tu as des capacités pourtant. Pourquoi ? Réponds-nous.

Quand la correction fut terminée, cinq minutes avant la fin du cours, madame Hasdours entreprit de distribuer les « torchons » comme elle les appelait.

Elle avait cette fâcheuse habitude, encore lié à son sadisme j’en suis sûr, c’était de distribuer les copies par ordre de note : de la plus mauvaise à la meilleure. Bien sûr, vous l’aurez deviné, j’étais souvent servi dans les premiers. 

Elle rendit les trois premières copies aux plus cancres d’entre nous sans oublié d’y ajouter une remarque blessante.

— Monsieur Moujulot, continuez à creuser comme cela et vous toucherez bientôt le fond !

Moujulot sourit. Lui aussi il se moquait de la raclée qu’il allait prendre ce soir. Du moment qu’il pouvait placer un bon mot pour nous amuser. 

— Pour creuser, faudrait rouler des pelles ! 

Toute la classe éclata de rire ce qui ne manqua pas d’énerver un peu plus Madame Hasdours qui n’avait déjà pas apprécié la blague. Elle fit taire tout le monde et continua sa distribution. 

Les copies retrouvaient peu à peu leur propriétaire et la mienne était encore dans les bras de notre correctrice. Bizarre. J’enquêtai à droite, à gauche pour savoir où on en était dans les notes. Un 10, à gauche. Un 12 à droite. Quoi ? Joachim a eu 13 ? Mais ce n’est pas possible. Où est ma copie ? Je n’avais jamais eu plus de 10. Comme je n’avais rien suivi de la correction, j’étais bien incapable de dire si j’avais mes chances. Mais je me souvenais du debrief d’après-contrôle avec les têtes de la classe qui m’avaient confirmé mes craintes : encore une fois j’atteindrais difficilement le 6.

Voilà qu’on arrivait dans le top cinq. Impossible. Il y avait forcément une erreur. Elle avait égaré ma copie. Ou elle l’avait jeté dans sa corbeille outrée par les bêtises que j’avais pu écrire. 

Puis il ne resta plus qu’une copie. Madame Hasdours s’approcha de moi et me tendit mon chef d’œuvre. 

— Félicitation ! 

Je restai bouche bée, comme le reste de la classe, inhabitué à me voir en pôle position. Un 18 entouré en rouge figurait en haut de la page, pourtant, en dessous, toutes mes réponses étaient rayées. 

— Au moins vous passerez une bonne soirée ! ajouta-t-elle. 

Finalement c’était une femme surprenante madame Hasdours.

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