Weeky n° 3

Rentrer pour lui

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Elle déambulait sur la plage, ne sachant pas vraiment où aller. Elle suivait les vagues, tantôt proche des rouleaux, tantôt en haut sur le sable sec. 

Il n’y avait personne sur cette grande plage. Cinq cents mètres de littoral totalement désert. Il faut dire que c’était le 5 février, qu’il n’y avait bien qu’elle pour se promener sous un crachin breton digne de ce nom. 

Elle ne savait pas où aller, du moment qu’elle avançait. Peu importe le nord ou le sud, ce qui comptait c’était s’éloigner finalement. Partir, marcher, respirer. Fuir aussi, un peu. C’était sa façon à elle de prendre du recul sur les choses, d’éviter les conflits. Chaque fois qu’elle le trouvait une bouteille à la main, qu’elle essayait de le convaincre, elle en prenait pour son grade. Alors elle lâchait tout ce qu’elle était en train de faire et elle sortait. 

Elle savait qu’en rentrant elle le ramasserait en pleurs, la suppliant de ne pas l’abandonner. Chaque fois le même cinéma. Chaque fois les mêmes grimaces, les mêmes « mon bébé » ! 

Et si… Et si aujourd’hui elle ne rentrait pas ? Et si elle le laissait mijoter à douze degrés ? Il passerait surement à quarante-cinq, pour oublier qu’il était un nul et que c’était bien fait pour lui si elle était partie. Et après que ferait-il ? Complètement ivre, il pourrait trébucher et se fracasser le crâne sur le coin de la table basse. Il pourrait prendre la voiture et rater le premier virage, tomber vingt mètres plus bas et finir écrasé dans la tôle froissée. Pire. Il pourrait heurter une voiture dans laquelle se trouve une famille. Il pourrait s’en sortir vivant et eux ne pas survivre. 

Non, il fallait qu’elle rentre. Avec lui on ne pouvait pas prévoir ce qu’il allait faire. 

Elle fit demi-tour. Contrairement à ses habitudes, il ne l’attendait pas en pleurant. Il ne l’attendait pas, tout court. Elle l’appela. Aucune réponse. Un frisson la traversa. Elle courut jusqu’au garage. La voiture n’était plus là. Elle prit son casque et enfourcha sa Mash. Quelle direction avait-il bien pu prendre ? 

Elle prit la route du centre-ville. Peut-être était-il parti refaire sa réserve au proximarché ? Ou alors il était parti pleurer dans les bras de ses amis, complices de comptoir. 

Tandis qu’elle roulait à sa recherche, elle ne pouvait s’empêcher de se faire des reproches. Il fallait que cela cesse. Elle ne pouvait plus s’inquiéter pour un type dont la seule préoccupation était de savoir où était le tire-bouchon — il le lui demandait à longueur de journée. Elle ruinait sa vie en même temps qu’il ruinait son foie. Il fallait qu’elle arrête de jouer la maman. Cette fois-ci serait la dernière. Elle allait le ramener et il allait devoir se mettre au rang. Et au lait ! 

Sans s’en rendre compte, elle avait accéléré. Elle roulait vite quand elle l’aperçut enfin. 

Mais trop tard. La voiture folle fonçait sur elle. L’instant fut si court qu’elle n’eut même pas le temps de se reprocher d’être, cette fois encore, rentrée pour lui. 

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