Weeky n° 7

Où est Splimann ?

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Il poussa les portes et fit une entrée tonitruante dans le saloon.

— Je cherche un dénommé Splimann ! hurla-t-il.

Le bar devint silencieux et chacun baissa les yeux sur ses chaussures. L’homme, barbu, gros, sale, recouvert d’un manteau long en cuir délavé s’avança. Son pas lourd et le métal des éperons résonnaient dans tout l’établissement.

— Personne ici ne connait Splimann ?

Tandis qu’il s’approchait du comptoir, il collait son visage juste devant ceux qui se trouvaient sur son chemin, les reniflait comme un chien à l’affut.

— Personne ? demanda-t-il au fermier Sulivan.

Celui-ci ne bronchait pas.

— Toi non plus ? dit-il au jeune Tuco qui fit un non rapide de la tête.

L’homme releva la tête.

— C’est étonnant quand même ! J’entends ce nom à l’autre bout du Texas, tout le monde ne me parle plus que de ce Spilmann et voilà que, maintenant que je me trouve dans la ville où j’étais supposé le voir, personne ne le connait. C’est fabuleux.

Il attrapa son chapeau et le posa sur le comptoir.

— Eh ! Toi là-bas ! Pourquoi tu t’es arrêté de jouer ?

Il s’adressait au pianiste qui, sitôt dit cela, se remit, tremblant, sur ses touches.

La musique mit fin à la pause. Chacun reprit son activité en silence. Il y avait une table de quatre hommes qui jouaient une partie de cartes, un indien accoudé au bout du bar, un homme de petite taille assis seul à sa table, Sulivan le fermier, Tuco et le barman.

— Et toi patron, tu as déjà servi un verre à Splimann ? Tiens, sers-moi ton meilleur whisky d’ailleurs.

Le barman s’exécuta. Il sortit de sous le comptoir une bouteille d’un vieux whisky, son préféré et servit l’homme.

— Alors ? Tu ne m’as pas dit. Est-ce qu’il a déjà poussé les portes de ton saloon ?

— Je… Je ne crois pas !

— Mmmm ! Alors j’en conclus que Splimann n’a jamais mis les pieds à Sam-Rayton Town.

Le barman s’abstint de donner son avis. L’autre continua ses déductions :

— Ou alors que cette ville est remplie de menteurs.

Il but une gorgée.

— J’aime pas les menteurs.

Il but une autre gorgée.

— C’est vrai qu’il est bon ce whisky !

— Écoutez, dit le barman. Il n’y a pas de menteurs ici. Qu’est-ce que vous lui voulez à ce Splimann, hein ?

— Pourquoi ça t’intéresse, puisque de toute façon tu ne le connais pas ?

— Ben peut-être qu’on peut vous aider à le retrouver votre gars.

— Si tu veux tout savoir, j’aimerais bien le remercier… Et lui coller six trous dans sa petite caboche. Ça te va comme réponse ?

— Oui, tu as certainement de bonnes raisons de vouloir lui faire la peau, mais tu comprendras qu’on ne peut pas t’aider à trouver un type que tu veux descendre.

— Mais tu sais qui est Splimann ? C’est ça ? Tu sais où il se cache ?

— Je sais qui il est, mais je ne sais pas où il est.

L’homme sortit son revolver et agrippa le barman par le col.

— Dis-moi tout ce que tu sais à son sujet ou je vais faire trois trous dans ta tête et trois trous dans la sienne.

À ce moment-là, les portes du saloon grincèrent.

— Y a quelqu’un qui cherche Splimann ici ?

C’était la voix d’une jeune femme, habillée en homme, colt à la ceinture.

Le barbu relâcha la chemise du pauvre barman qui disparut aussitôt sous le comptoir. L’homme se retourna pour découvrir celle qui osait lui tenir tête. Il sourit.

— Eh bien ma jolie ! Tu sais où est Splimann ?

— Je sais où il est, gros lard, répliqua-t-elle avant de cracher.

Le sourire disparut du visage de l’homme. Il s’avança vers la cow-girl.

— Répète voir ce que tu viens de dire ma mignonne, mon oreille a dû me jouer un tour.

— C’est la branlette qui te rend sourd, vieux dégueu ?

Sous la crasse qui recouvrait sa figure, on pouvait deviner que l’homme virait écarlate. Autour de lui, chacun se mordait les lèvres pour ne pas éclater de rire. Personne ne savait comment cela allait se terminer, mais tout le monde profitait avec plaisir de cette humiliation en public. La fille reprit :

— Je disais : je sais où il est !

Elle avança elle aussi jusqu’à se trouver à cinquante centimètres de son adversaire.

— Gros lard ! compléta-t-elle.

L’homme fulminait. Il colla le canon de son revolver entre les yeux de la jeune femme.

— Tu as trois secondes pour me dire où se trouve Splimann.

— Il t’en faudra moins que ça pour le trouver.

— Sois plus précise, tu veux.

— Tu l’as devant toi. Je suis Splimann.

— Splimann ? C’est toi, Splimann ?

— Comme je viens de te le dire.

Il réfléchit longuement. Ça cogitait là-haut !

— Tu veux dire que c’est toi qu’as descendu mes deux frères ?

— Roberto et Rodrigo, deux pourritures comme toi.

— Que c’est toi qu’as volé notre butin ?

— Cent trente-deux mille sept cent vingt-trois dollars et dix-huit cents, joli magot.

— Que c’est toi qui nous as balancés au shérif ?

— La prime sur ta tête est désormais à douze mille dollars.

— Et avec tout ça, tu crois que je vais te laisser repartir, juste parce que tu as un joli minois ?

Il arma son revolver.

— Excuse-moi, l’arrêta la jeune femme, mais avant de me descendre tu pourrais au moins être exhaustif dans mes faits d’armes. Que tous ces messieurs autour de nous puissent apprécier mon audace.

L’homme rigola.

— Non, mais écoutez-la, celle-là ! Elle ne doute de rien.

Il se tourna vers l’assistance.

— Messieurs, profitez des derniers mots de Miss Splimann.

— Merci. Alors, oui, je rajouterai trois choses. C’est bien moi qui ai demandé qu’on te donne mon nom.

Il rigola.

— Pas très maligne, ma grande !

— Et c’est moi aussi qui ai fait en sorte que tu saches que je me trouvais à Sam-Rayton Town.

Il rigolait encore plus fort.

— Ça veut jouer les bandits et ça laisse des petits cailloux derrière soi. Quand on pique cent mille dollars à un type, règle numéro 1 : on disparait. M’enfin, excuse-moi, je crois qu’il te reste une dernière chose à m’avouer avant que je t’envoie tout répéter à notre bon Saint-Pierre.

Miss Splimann laissa planer un silence, jeta un œil à droite et à gauche pour s’assurer de l’attention de tous les spectateurs, puis elle se lança :

— Et enfin, pas plus tard que tout à l’heure, c’est moi qui ai vidé ton six coups pendant que tu te paluchais devant ma copine.

Il fallut deux secondes à l’homme pour comprendre la situation. Il appuya sur la gâchette qui percuta à vide.

— Mille dollars à celui qui va me chercher le shérif ! annonça Miss Splimann. Pour les autres, je paye ma tournée.